La culture du Moringa, longtemps esseulée et limitée a quelques pieds de plants, a l’ intérieur des concessions et habitations, a pris sa propension depuis les sécheresse des années 84-85 pour devenir la culture pluriannuelle la plus diffuse et la plus pratiquée pour son importance alimentaire, socioéconomique et agroécologique.
Son mode de production est passé du pied de case a l’aire du champ et des jardins maraichers. En quelques décennies, le Moringa est devenu une culture en expansion, adapté a tous les écosystèmes sur toute l’étendue du territoire national.
Jadis limité aux exploitations de bas fonds, apres s’être libéré des concessions et cases accosté aux sources d’eau domestique, le Moringa a pris son envol grace a son extraordinaire adaptation conjoncturelle et spatio-temporelle.
En effet, la culture du Moringa s’est acclimatée partout et de par ses vertues, le Moringa est devenu un super-aliment, une matiere a forte valeur économique, une plante a haut potentiel de valorisation.
C’est au vue de son importance porteuse et durable, que nous nous intéressons au suivi-évaluation de son itinéraire technique et son mode de production bio dans les exploitations communautaires de Farin Roua, Commune Rurale de Dogo, département de Mirriah, mis en place par L’ONG TAIMAKON MANOMA avec l’appui de la Fondation suisse HEKS EPER.
Apres l’immersion dans les terroirs du Village de Farin Roua, nous sommes allés in situ sur les Sites 1 et 2 de production du Moringa Bio pour nous enquérir de l’ état de l’exploitation et échanger avec les exploitants, femmes, jeunes et hommes regroupés en cooperative avec agrément dénommé Inouwa Matatara Al Ummah qui regroupe 84 membres dont 57 femmes et 27 hommes pour le site 1 et 124 pour le second site. Les 2 sites ont tous plus de 2 ha et mis en valeur en 2020 et 2023 avec la culture du Moringa (cf photos).
En cette fin de saison pluvieuse, la taille des tiges (talles) de Moringa couplée au débroussaillage et desherbage s’effectuent âprement.
Les sites sont en excellent état et l’eau, élément determinant, est disponible et a portée grace à un système californien et des réservoirs d’arrosage en ciment disposés. Le systeme d’irrigation est alimenté par un dispositif solaire qui actionne la pompe.
Entre autres, l’un des 2 exploitations dispose d’un magasin de stockage et d’un sechoir solaire pour le sechage des feuilles de Moringa et leur mouture par la suite pour obtenir de la poudre de Moringa.
La production de biomasse qui varie en fonction des saison, est de l’ordre de 50 a 70 sacs par collecte, tous les 10 a 15 jours. Deux a trois mois, apres le semis, la cueillette des feuilles peut s’amorcer
Sur les sites communautaires de la Commune Rurale de Dogo (Mirriah) visités, les écarts entre lignes et rangées sont de 0,5×0,5m soit une densité de 40 000 plants par ha, ce qui permet de cueillir sur chaque plant environ 16 g de biomasse. En raison de 3 cueillettes par mois, on collecte en moyenne 640 kg x 3 soit 1920 kg par ha/mois.
Dans l’année ces sont plus de 19 tonnes de feuilles de Moringa qui sont récoltées, exceptés les mois d’août et septembre réservé à l’entretien de l’exploitation.
A leur deuxième année, la fructification se déclenche, les gousses de Moringa formées sont enlevées pour servir de semences et pour l’extraction de l’huile de Moringa tres riche en acides gras insaturés surtout l’acide oléique (plus de 70%).
Les produits finaux sont les feuilles, fraiches, seches, pre-cuites, l’huile, le tourteau et les semences de Moringa.
Aucun traitement chimique ne s’effectue sur les plants au niveau des ces fermes communautaires de Farin Roua et l’apport du fumier est le seul fertilisant autorisé.
Les exploitants hommes et femmes sont des chefs de menages qui se repartissent les taches selon l’évolution phytotechnique de la culture. Pour les hommes, ils s’occupent des operations du semis, labours, coupe de tiges, arrosage et surveillance du site. Les femmes se chargent de la cueillette des feuilles, la pre-cuisson, la mouture en poudre à l’aide de mortiers et pilons, le paquetage et la vente. Elles sont plus dynamiques dans les maillons de commercialisation jusqu’à la mise sur le marché des produits.
Les besoins exprimés par les exploitant(e)s, lors de nos entretiens in situ, concernent les outils et equipements de transformation (ustensiles, bacs, charriots, trieuses, couscoussières, ensacheuses, emballages, foyers de cuissons et étiqueteuses). Aussi, le local approprié pour assurer la fabrication des produits a base du Moringa est expressément demandé.
En amont de cette porteuse niche de production du Moringa Bio, il est necessaire de renforcer les sites en réservoirs d’eau pour uniformiser l’arrosage et optimiser la productivité de ces sites de reference dans la culture du Moringa Bio, tres demandé au plan national et international.
Par Dr Haboubacar Maman Manzo, NRAMP team core member, Enseignant Chercheur Université Boubakar Bâ de Tillabéri et Ing. Salifou Alou de Taimakon MANOMA, Membre Arizona-Niger.