.En cette phase du démarrage de la campagne agricole pluviale au Sahel, nous nous intéressons à ce site historique, berceau du maraichage, peu connu des Nigeriens, surtout de la jeune génération, pour une etude diagnostique et perspectives de sa valorisation. Une immersion pour laquelle nous avons accompagné le Dr Haboubacar Maman Manzo, Ph.D) en Sciences Agronomiques et Ingénierie Biologique, Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillaberi au NigeHaboubacar Maman Manzo.

Le perimetre de Tillakaina, comme celui de Daikaima, date de 1954, année de sa creation et de sa mise en valeur. D’une superficie totale de 94ha partagée entre le périmètre 1 (65ha) et le périmètre 2 (19ha), plus au Nord ; le site de la petite plaine ou la petite emblave de culture, qui est la signification de Tillakaina en langue Zarma/Sonrai ( une des langues locales du Niger), est le terrain qui fait l’objet de nos investigations de recherche, cette fois ci.
Dr Haboubacar Maman Manzo explique que « l’immersion se justifie logiquement par la référence agronomique historique que représente ce périmètre, et son potentiel productif prolifique qui fait de Tillakaina le premier centre maraicher au Niger. Un centre qui fournit des années durant, des légumes et fruits frais à nos populations riveraines du fleuve Niger, jusqu’à Niamey, la Capitale . Sans oublié que par le passé et jusque dans les années 80-90, du périmètre agricole de Tillakaina, des productions de petit pois, du haricot vert, du radis, des carottes, de la betterave et d’autres legumes et fruits s’exportaient en quantité vers la France et d’autres pays de la sous region ».

Les observations conduite in situ, en ce mois caniculaire de Mai 2026, nous font découvrir les systèmes de cultures en place et leurs modes de production. En effet, Dr Haboubacar Maman Manzo explique que le périmètre de Tillakaina est un site maraicher et arboricole fruitier doté d’un dispositif d’irrigation de type semi californien, en bon état de fonctionnement depuis sa réhabilitation en 2019 dans le cadre du Programme National 3N. C’est ce réseau remis à l’état qui assure la desserte en eau à travers des canaux tertiaires de drainage partout dans l’aménagement agricole de Tillakaina.
L’enseignant chercheur a constaté que l’occupation parcellaire est entière sur le périmètre 1 de 64 ha, et déborde un peu plus, tandis que le périmètre 2 est moins occupé en cultures. En tout, selon le responsable du site, 64 et 15 ha sont exploités au total à Tillakaina.
L’autre constat que nous avons fait, est que s’agissant des infrastructures qui accompagnent la production, elles sont inexploitées : magasins de lavage, tri et emballage des produits, bassins de décantation, chariots, etc, et les outils agricoles, de semis, de mesure et de calibrage, sont en place sans qu’on s’en serve.
Quant aux conduites culturales maraîchères d’antan, comme la culture du petit-pois, du radis, de la betterave, elles ne sont plus pratiquées. Seul le haricot vert se cultive encore à Tillakaina, sur les parcelles exploitées en manioc. La rotation manioc – haricot vert suit la succession des saisons. Ainsi, des le démarrage de la saison pluvieuse, le manioc est déterré et la parcelle est préparée pour la culture du haricot vert ou de l’arachide. Sur d’autres parcelles, le piment vert africain est remplacé en saison pluvieuse par le maïs semé entre les rangées de moringa.

L’arboriculture fruitière pratiquée sur le site de Tillakaina met en valeur des splendides rangées de manguiers et de citronniers qui rendent le périmètre verdoyant et luxuriant, atténuant la chaleur torride de ce mois de mai, tout en produisant des délicieuses mangue anana, mangue papaye, manque tete de boeuf et des juteux citrons vendus sur le marché de Tillaberi et de Niamey.
En analysant l’évolution du système cultural, l’enseignant-chercheur s’est aperçu de la disparition quasi-totale des cultures d’exportation jadis produites à Tillakaina. Seul le haricot vert subsiste à cette évolution.
Selon lui, « Les spéculations actuelles se réorientent vers le marché national : moringa, piment vert africain, manioc, oignon, tomate, chou, laitue, etc.. La marge brute et la gestion du risque expliquent cette transition.
En termes de perspectives pour la valorisation du périmètre irrigué de Tillakaina, Dr Haboubacar Maman Manzo préconise de « prospecter des partenariats qui vont donner des parts de marché aux nouvelles productions réorientées vers le marché local de Tillaberi et celui de Niamey, moins exigeants en post-récolte ».
Il ajoute que « Pour assurer la durabilité des productions et respecter les engagements de partenariat, la gouvernance du périmètre doit être restructurée et réadaptée pour ne plus se reposer sur une structure coopérative dont les règles de gestion n’ont pas évolué depuis la réhabilitation de 2019 et ce malgré la reforme adoptée sur les Associations des Utilisateurs de l’Eau-AUE ».

L’enseignant chercheur estime que « Sans cette reforme, le résultat est une sous-utilisation du capital installé et une perte d’opportunité de valeur ajoutée. De manière opérationnelle et pratique, un modèle de gestion déléguée qui va confier la gestion du magasin et des outils à un GIE de 3-5 jeunes producteurs du site, sous contrat de concession avec l’AUE doit s’operer ».
« Ainsi selon lui, on pourra limiter l’activité initiale au conditionnement du haricot vert, culture déjà présente, pour sécuriser un volume régulier et un déboucher ».
Pour la relance économique et l’accès au marché, Dr Haboubacar Maman Manzo estime que « la prise en compte des risques et le suivi continu des activités de production sur le périmètre de Tillakaina, des prospections de marché pour identifier les acheteurs institutionnels à Niamey et Tillaberi (supermarchés, hôtels, hôpitaux, universités, restauration) disposés à acheter du produit calibré, doivent etre envisagées ».

En complément du renforcement de capacité des producteurs, il préconise un appui technique ciblé par l’APCA sur le marketing et la force de vente, qui va former 10 -15 producteurs au calibrage, lavage et traçabilité minimale pour répondre aux exigences du marché urbain est nécessaire.
Selon lui, pour réduire les risques, « une diversification prudente qui va tester sur 0,5 ha la réintroduction du radis et de la betterave en cycle court, avec contrat d’achat préalable peut etre actionnée.
Enfin, il conseille le suivi-évaluation continu avec la mise en place d’une fiche de suivi mensuelle par structure AUE portant sur la superficie exploitée, le volume commercialisé, le prix de vente, l’usage des infrastructures, les conflits d’usage permettra de corriger les lacunes, avec pour objectif de produire des données pour ajuster la gestion du périmètre de Tillakaina.
En conclusion, Dr Haboubacar Maman Manzo estime que Tillakaina dispose d’un potentiel technique et historique sous-exploité. « La réhabilitation de 2019 a bien sécurisé l’accès à l’eau. Mais la durabilité du périmètre dépend désormais de sa capacité à adapter sa gouvernance et ses débouchés au contexte économique du moment » a-t-il estimé.

Pour l’enseignant-chercheur, la remise en service des infrastructures post-récolte, conditionnée à une gestion déléguée et à un ancrage marché, constitue le levier principal pour transformer Tillakaina en pôle de valeur ajoutée maraîchère dans la vallée du Niger.
Amadou Garé, en collaboration avec Dr Haboubacar Maman Manzo, Ph.D en Sciences Agronomiques et Ingénierie Biologique, Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillaberi au Niger
