Au Niger, la gomme arabique est une ressource naturelle traditionnelle, issue principalement de l’Acacia senegal et Acacia seyal. Elle est récoltée par des milliers de producteurs, surtout dans les zones sahéliennes comme le Manga, et destinée majoritairement à l’exportation après un simple tri. La gomme arabique participe à l’économie rurale en valorisant la forêt et en offrant des revenus, bien que sa filière, malgré son potentiel, fasse face à des défis d’organisation malgré des efforts de redynamisation.

Généralités sur la filière gomme arabique
La filière gomme arabique est essentiellement une activité de cueillette et de collecte en vue de l’exportation. Après l’indépendance, ici dans notre pays, COPRO Niger assurait le monopole de la collecte et réalisait des tonnages annuels de l’ordre de 2000 à 3000 tonnes pour l’export via les comptoirs de Gouré, Zinder et Maradi. Suite aux séquences de sécheresse et au démantèlement de la COPRO Niger dans les années 80, la filière s’est rabougrie jusqu’à ne représenter qu’une exportation inférieure à 100 t en 1988. La relance de la cueillette s’est faite progressivement à la faveur de prix plus rémunérateurs (de l’ordre de US$ 5 le kg) au début des années 1990. De nos jours, la filière souffre de nouveau d’une désorganisation et d’un abandon des aires de peuplements d’Acacia senegal, ce qui limite le potentiel de production de la gomme arabique.
Aussi, la qualité locale n’est pas particulièrement attrayante du fait à la fois des impuretés et du mélange des gommes entre celle de l’acacia senegal (gomme dure) et celle de l’Acacia seyal (gomme friable). Elle nécessite une expertise technique avec un tri manuel méthodique avant conditionnement pour la commercialisation.

Estimé autour de 9000 tonnes collectées par an, avec un potentiel de l’ordre de 13 ou 14 000 tonnes, le Niger est un petit producteur, loin derrière le Soudan, premier producteur mondial avec plus de 30 000 tonnes annuelles, représentant à lui seul 70 % de l’approvisionnement du marché mondial (M. Manzo H, 2008). La gomme, raffinée dans les pays d’utilisation, ne subit aucune transformation locale. Substance mucilagineuse transparente, elle est employée comme additif dans l’alimentation (boissons), dans l’industrie pharmaceutique comme composante de gélules, dans la cosmétologie, dans l’agroindustrie et l’industrie textile, la papeterie, etc. Les principaux pays importateurs de la gomme arabique sont les Etats Unis, grands consommateurs de sodas, l’Europe et l’Asie. Dans son usage codifié dans l’industrie, la gomme arabique est indiquée par le code E414.
Statistiques de production, commercialisation et prix de la gomme arabique
La production de la gomme est bien adaptée aux conditions agro-climatiques du Niger. Depuis plus de 20 ans, une société commerciale : ASI, a réussi à s’imposer comme quasi-monopole pour la collecte et l’exportation de la gomme pour la partie occidentale du Niger. Elle collecte également la gomme du Mali et du Burkina par un réseau complexe de petits commerçants et collecteurs. Ses statistiques de collecte sur le Niger représentent environ 50 % de la production totale. Le reste étant ramassé par de multiples commerçants exportateurs opérant dans l’Est du pays et exportant les produits vers le Nigeria à partir de Zinder et Diffa.
Paradoxalement l’accroissement des tonnages collectés au cours des dix dernières années ne semble pas résulter de l’évolution des cours de la gomme sur le marché. Le prix de la gomme, après une poussée de hausse au début des années 90, montre une reprise lente, jusqu’à atteindre un niveau de US$ 1,7 par kg soit 80 000 FCFA le sac de 100kg en 2023 (Source: RECA). Les Opérateurs escomptent un retour à la hausse des prix pour les prochaines années. En ce début d’année 2026, le kg de gomme arabique se vend à 1500 FCFA et la tasse à 5000 FCFA sur le marché de Niamey.
Description du secteur d’activité
a. exploitation (collecte)
La récolte de la gomme se fait en deux périodes : (1) de décembre à février et (2) de mars à mai. La collecte des produits s’étale de décembre à avril. Cette collecte est effectuée par des petits commerçants et des collecteurs du réseau des exportateurs.
A l’exception d’un tri manuel pour retirer les impuretés et pour séparer la gomme dure de la gomme friable, aucune transformation n’est effectuée sur le territoire national. D’après nos investigations, ASI exporte les gommes collectées par son réseau sur la France où cette société dispose d’une unité industrielle de traitement des gommes en vue de les préparer à un usage dans l’agro-alimentaire, dans la pharmacie ou le textile (tableau ci dessous). Les conditions sanitaires rigoureuses imposées au traitement de même que l’importance de l’investissement industriel requis pour ces opérations interdisent leur délocalisation vers le Niger.
Industries alimentaires et pharmaceutiques 60%
Industries Textiles 16%
Industries du papier 10%
Divers 14%
D’après GIFFARD. Cas de la France
b. Organisation du secteur
Le secteur est relativement concentré entre les mains de quelques opérateurs au Niger. Le groupe ASI dispose d’une position dominante dans l’Ouest du pays. Dans l’Est, plusieurs opérateurs commerçants collectent la gomme pour son exportation vers le Nigeria.
Produit de la saignée d’arbustes (Acacia senegal et Acacia seyal) qui poussent à l’état naturel, la gomme est clairement une activité de cueillette qui apporte aux paysan un surplus de revenu. Des tentatives de plantation d’Acacia en vue d’une production accrue de la gomme donne des résultats insatisfaisants : un hectare d’Acacias, avec 400 pieds donne après 3 à 4 ans une petite récolte de gomme qui atteint vite un maximum de 20 kg par an, ce qui est peu au regard des investissements consentis: de l’ordre de 400 000 FCFA/ha, nous rapporte un exploitant de Droum Baba.
Le développement des plantations de gommeraies ne peut donc résulter que d’une politique assistée visant l’amélioration de l’environnement dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, la désertification et la perte de la biodiversité.
Potentialités et contraintes
Le potentiel de production de gomme arabique au Niger devrait atteindre plus de 20 000 tonnes avec les 300 000 ha de peuplements et le retour des pluies ces dernières années. C’est dire que ce potentiel en gomme arabique peut être amélioré à la faveur d’investissements d’environnement dans le cadre d’actions d’adaptation, de renforcement de la résilience et d’amélioration des conditions et cadre vie des communautés. La collecte régulière de la gomme en milieu paysan a un effet de sensibilisation des populations qui voient désormais dans les boisements naturels et implantés une source de revenus complémentaires qui les incitent à plus de respect de leur environnement. Le principal atout de la filière est la politique d’environnement du pays, assisté en cela par des aides ciblées pouvant découler des projets et programmes de recherche développement à mesure d’apporter des pistes de promotion et de valorisation durables, inclusives et bénéfiques à cette filière gomme arabique. Aussi, l’environnement amélioré et protégé avec de nouvelles plantations recréera des écosystèmes plus propices à la faune et à l’élevage, facteur d’activités productives renforcées.
Le second atout est la distribution de revenus complémentaires modestes à des populations rurales peu monétarisées. La contrainte principale de la filière gomme est que l’activité de cueillette ne peut en aucun cas supporter une part, même infime, de l’investissement de plantation. Cependant, la régénération des gommeraies naturelles, après les séquences de sécheresses successives, est trop lente et trop fragile pour alimenter la filière en produit. A contrario et fort heureusement, les effets du changement climatique dont le retour des pluies abondantes sont des facteurs favorables et incitants pour redynamiser cette filière au Sahel.
Perspectives
Un besoin fort de partenariat par la recherche et le développement technologique apparaît nécessaire pour constituer des plateformes d’innovations capables de mobiliser des ressources financières suffisantes en vue de rationaliser et optimiser la collecte de la gomme. Le cycle d’immobilisation des financements pour les opérations de collecte et de vente de gomme est de l’ordre de 4 à 6 mois. Même très rémunérateur et pratiquement sans risque pour l’opérateur principal, l’opération mobilise des financements importants dans la mesure où chaque transaction est payée cash. Des ressources financières supplémentaires mobilisées sur la filière se traduiraient par un surcroît de collecte. Il est possible d’envisager le doublement des tonnages collectés si les finances correspondantes étaient disponibles. Aussi, les gommeraies sont des parts importantes dans le marché juteux de carbone et la finance climatique, pouvant servir de sources de revenus pour les communautés et les Etats dans le soutien à la lutte contre les défis de la désertification, la perte de la biodiversité et le changement climatique.
La gomme arabique c’est tout Eco bénéfique et durable.
Par Dr Haboubacar Maman Manzo, Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillabéri au Niger en Collaboration avec Dr Dogo Seck, Membre de l’Academie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal.
Avec la collaboration de Amadou Garé
Le 20 Dec. 2025.
