Dans une récente déclaration faite devant les médias à l’occasion de la publication du dernier bulletin saisonnier sur le climat, la Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, accompagnée du Secrétaire-Général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, Tom Fletcher, mettent en garde contre les conséquences sans précédent du phénomène El Nino actuellement en cours. Cette déclaration appelle à prendre des mesures pour protéger les populations les plus vulnérables à travers la planète.
Dans cette déclaration, l’Organisation météorologique mondiale affirme que « l’épisode El Niño en cours pourrait bien atteindre une intensité sans précédent, au point de sortir littéralement hors du cadre des graphiques de contrôle que nous utilisons depuis quarante ans. Il parviendra à son pic vers la fin de 2026, mais ses incidences se feront sentir bien au-delà ».
Celeste Saulo et Tom Fletcher expliquent que « Selon les prévisions saisonnières que nous venons de diffuser au sujet du climat de la planète, entre novembre 2026 et janvier 2027, les températures de la mer en surface dans le Pacifique tropical (l’épicentre d’El Niño) pourraient dépasser de 3,8 °C la température moyenne à cette période de l’année ».
De plus selon la déclaration, « Le réchauffement sera lourd de conséquences pour la situation météorologique de toute la planète ».
Les conséquences pourraient être désastreuses sur la population car selon l’OMM, « lorsqu’il est très intense, El Niño perturbe les températures et le régime des précipitations de nombreuses régions. Il peut provoquer de graves sécheresses dans certaines d’entre elles, de fortes pluies et des inondations dans d’autres, de même qu’entraîner un réchauffement sur une bonne partie du globe. Nous observons déjà des phénomènes météorologiques extrêmes. Or, ceux-ci vont probablement se multiplier, avec des effets domino, à mesure qu’El Niño s’intensifie ».
Des propos inquiétants, mais qui ont cependant tempérés par les deux personnalité qui soulignent que « un épisode El Niño de grande ampleur n’est toutefois pas nécessairement synonyme de catastrophe humanitaire. Grâce aux connaissances scientifiques, aux prévisions et aux systèmes d’alerte précoce dont nous disposons, nous pouvons sauver des vies et protéger les moyens de subsistance ».
Malgré tout, l’OMM estime que des mesures décisives axées surtout sur la protection des populations les plus vulnérables, devraient être prises. « C’est pour cette raison que le Secrétaire général adjoint, Tom Fletcher, et moi-même sommes ici aujourd’hui. Nous avons encore le temps de nous préparer dans de nombreuses régions. Nous pouvons éviter que ces conditions météorologiques extrêmes coûtent des vies ou entraînent des situations d’urgence humanitaire » ont-ils ajouté.
Selon la déclaration, « l’OMM a pour priorité de fournir des informations fondées sur des données scientifiques pour aider les gouvernements et les organisations humanitaires à anticiper les risques, à préparer leurs interventions et à protéger les populations vulnérables ».
L’OMM estime que « El Niño peut exacerber les besoins humanitaires, en particulier au sein des populations déjà vulnérables, telles que les réfugiés, les communautés vivant dans des zones de conflit et les personnes déplacées, là où les logements, l’eau, les conditions d’hygiène et les services de santé viennent déjà à manquer ».
Dans le bulletin saisonnier, l’OMM a dressé un état des lieux du phénomène à travers le monde. Ainsi, en Afrique de l’Est, il est fait cas de « conditions plus humides que la normale sont à prévoir pendant la saison des pluies d’octobre à décembre dans certaines parties de la région. Nous devons donc craindre de fortes précipitations et des inondations ».
Pour l’Afrique australe, « des risques accrus de sécheresse pourraient conduire à une baisse de la production agricole, à des difficultés pour accéder à l’eau et à une réduction des moyens de subsistance à partir de novembre (où débute en général la saison des pluies).
En Asie du Sud-Est, il est prévu une « élévation des températures et les déficits pluviométriques augmentent les risques d’exposition à la chaleur et exercent une pression supplémentaire sur l’agriculture et l’approvisionnement en eau, que menacent également l’accroissement des risques de feux incontrôlés et de brume de fumée que l’on observe déjà ».
Quand aux Amériques, l’OMM prévoit « une augmentation des précipitations dans le nord-ouest des États-Unis et dans le sud-ouest de l’Amérique du Sud est à prévoir. Des images d’inondations au Chili et dans le bassin du Paraná ont déjà été largement diffusées. L’Amérique du Nord et le nord des Caraïbes devraient également subir des précipitations plus abondantes que la normale. À l’inverse, le risque de sécheresse augmente dans certaines régions d’Amérique centrale, dans le sud des Caraïbes et en Amazonie ».
Selon l’OMM, « Il est donc essentiel de prendre connaissance des prévisions régionales et nationales pour déterminer où et quand il convient d’agir. Les personnes les plus menacées sont celles dont la situation est déjà précarisée ».
L’OMM qui collabore avec l’OCHA et ses partenaires parmi les organismes du système des Nations Unies et les acteurs de l’aide humanitaire, lance un appel conjoint pour que des mesures préventives coordonnées soient prises de toute urgence. « Grâce aux prévisions, nous savons à quoi nous attendre. Il nous incombe donc de prendre les mesures nécessaires pour protéger les personnes les plus exposées. Nous ne pouvons pas arrêter El Niño. Mais nous pouvons protéger les êtres humains de ses pires conséquences ».
Selon Wikipedia, El Niño est un phénomène océanographique cyclique pseudo-périodique qui se manifeste certaines années. Il se distingue par une hausse des températures de l’eau au-delà de la moyenne dans la zone orientale du Pacifique sud.
Amadou Garé
Photo: Amadou Garé ( DR)
