AccueilA la UneACCÈS À L’EAU POTABLE À NIAMEY: Des quartiers périphériques développent des alternatives

ACCÈS À L’EAU POTABLE À NIAMEY: Des quartiers périphériques développent des alternatives

Dans plusieurs quartiers périphériques de la ville de Niamey, l’accès à l’eau potable est un défi quotidien. En l’absence de réseau de la Nigérienne des Eaux (NDE), la société nationale de distribution d’eau, des milliers de ménages font recours aux puits, aux forages privés ou aux vendeurs d’eau, souvent à des coûts élevés et avec une qualité incertaine. Pourtant, des initiatives locales démontrent qu’il est possible d’améliorer durablement la situation grâce à des solutions adaptées.

Le taux de desserte ou de couverture en eau potable dans la capitale Niamey, à travers le périmètre urbain de la NDE, est de 97,24% en 2025, selon des chiffres fournis par la Société des patrimoines des eaux du Niger (SPEN), gérante du patrimoine hydrique national. Un chiffre théorique qui contraste avec les difficultés rencontrées par les habitants des quartiers périphériques de la ville de Niamey qui peinent quotidiennement à se procurer de l’eau potable, indispensable à la vie. En effet, l’extension rapide de Niamey a entraîné la création de nombreux quartiers où les infrastructures de base ne sont pas disponibles. Les habitants de certains quartiers périphériques parcourent parfois des kilomètres pour s’approvisionner en eau, et passent de longues heures dans les files d’attente pour acheter de l’eau auprès des revendeurs privés.

Cette situation affecte particulièrement les femmes et les enfants qui consacrent une partie importante de leur journée à la corvée d’eau.

Des forages et bornes fontaines comme alternatives

Dans les quartiers périphériques de la ville de Niamey, des systèmes d’adduction d’eau simplifiés alimentés par des forages équipés de pompes solaires offrent une alternative efficace. L’eau est distribuée grâce à des bornes fontaines communautaires ou des branchements sociaux gérés par des comités locaux ou des délégataires privés sous le contrôle des collectivités.

Ce modèle d’approvisionnement en eau présente, selon des consommateurs, plusieurs avantages à savoir un coût d’exploitation réduit grâce à l’énergie solaire, une meilleure disponibilité de l’eau tout au long de la journée, une gestion de proximité impliquant les populations, et une maintenance assurée grâce aux recettes générées. « Certes la Nigérienne des Eaux n’a pas fait des branchements ici; mais grâce à des bonnes volontés, nous avons des bornes fontaines et des forages dans notre quartier. Et il n’y a pas de coupure d’eau », confie cette ménagère du quartier Rhodésie de Niamey. 

Au quartier Saga Gorou 2, c’est le vieux Baba Koda qui explique : « nous ne souffrons pas du manque d’eau car nous avons des forages et des bornes fontaines mis en place par des bonnes volontés pour satisfaire leurs besoins en eau potable, tout en nous laissant nous approvisionner souvent gratuitement. Certains forages sont même gérés par les habitants en relation avec les chefs de quartiers car les recettes générées sont utilisées pour rémunérer le gérant, mais aussi entretenir l’infrastructure ». L’utilisation des pompes solaires réduit également les coûts liés au carburant et limite les interruptions de service.

Contrairement aux projets réalisés par des financements extérieurs, ces systèmes reposent sur une gouvernance locale. Les usagers paient un tarif abordable permettant de couvrir les frais d’entretien et de réparation, ce qui améliore la durabilité des installations. 

Les niveaux de tarification

Selon les données tarifaires indiquées par la NDE au titre de l’année 2024, sur la base de l’arrêté n°0033 MH/E/DGH/DHUSU du 15 février 2012, les tarifs sont fixés selon les catégories de consommateurs. Pour les bornes fontaines que la NDE a installées, le forfait est de 133 FCFA/m3. 

Concernant l’administration et les commerces, le mètre cube d’eau est vendu à 515 FCFA. Pour les industries, il est de 475 FCFA/m3. Pour un ménage, le tarif est évolutif selon la quantité d’eau consommée : 127 FCFA/m³ pour les 10 premiers mètres cube, puis 321 FCFA/m³ de 11 à 40 m³, et 515 FCFA/m³ au-delà de 40 m³.

Pour les forages et les bornes fontaines mis en place par des particuliers, le tarif est unique pour toutes les catégories et quelle que soit la consommation. Selon Aouta Yawa, propriétaire de bornes fontaines et installateur privé de pompes, le tarif unique est de 400 FCFA/m3. Mais dans certains secteurs très éloignés de la ville, le tarif peut atteindre plus de 1000 FCFA/m3.

Malgré tout, le tarif est relativement bas si l’on se réfère aux données sur la consommation mensuelle par ménage moyen à Niamey. Ainsi, selon la Nigérienne des Eaux, en 2024, 161 871 abonnés ont été enregistrés à Niamey avec une consommation totale de 35,362 millions de m³/an. En rapportant ces 35,362 millions de m³ aux 161 871 abonnés, on obtient une consommation moyenne de 218,4 m³ par abonné et par an, soit 18,2 m³ par mois. 

Mais ces 18,2 m³ correspondent à la consommation moyenne par mois d’un abonné par branchement, ce n’est donc pas nécessairement un seul ménage. Un compteur peut desservir plusieurs personnes, voire plusieurs habitations.

Des initiatives à encourager

Le développement des branchements privés dans les quartiers non desservis de Niamey pourrait réduire le temps consacré à la recherche d’eau, diminuer les dépenses des ménages à faibles revenus, améliorer la qualité sanitaire de l’eau consommée, réduire les maladies d’origine hydrique et favoriser les activités génératrices de revenus grâce à une meilleure disponibilité de l’eau.

Selon les spécialistes, la réussite de cette solution suppose néanmoins plusieurs conditions : identifier les nappes exploitables, assurer un financement initial des infrastructures, former les gestionnaires communautaires, mettre en place un contrôle régulier de la qualité de l’eau et coordonner les investissements avec les futurs projets d’extension du réseau de la NDE.

En attendant la disponibilité du réseau public dans tous les quartiers périphériques, le développement de cette stratégie intermédiaire fondée sur les mini-réseaux d’eau alimentés par des forages solaires semble donc porter ses fruits. Cette approche permet ainsi de répondre rapidement aux besoins des populations tout en préparant l’intégration progressive de ces quartiers au réseau national.

Il est ainsi possible d’offrir une eau potable accessible, durable et gérée localement, pour éviter un approvisionnement au niveau des mares insalubres et susceptible de créer des épidémies dans les quartiers périphériques des grandes villes du Niger. 

Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de six mois du Projet SAIL du Centre d’innovation et de développement du journalisme (CJID).   

Amadou Garé

Source : Borne fontaine privée au quartier Tondigamey de Niamey. Photo: Amadou Garé

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