La COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), qui se tient du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, devait être placée sous le signe de l’action et de la mise en œuvre. Mais à quelques jours de la clôture des travaux, les négociations sont confrontées à un sérieux obstacle : le désaccord des États-Unis, rejoint sur plusieurs points par la Russie. Une conférence pour rien ?
On apprend que dès l’ouverture de la conférence, la délégation américaine a contesté l’inscription de plusieurs questions à l’ordre du jour notamment les discussions consacrées à l’égalité de genre, à la participation de la société civile aux travaux de la Convention ainsi qu’au renforcement des relations avec les autres conventions et institutions internationales. La position américaine a été clairement exprimée en séance plénière : les États-Unis ont indiqué qu’ils ne pourraient parvenir à un consensus sur ces questions et ont demandé leur retrait de l’ordre du jour.
La Russie s’est également opposée à plusieurs éléments de l’ordre du jour. Cette situation a conduit au report de discussions importantes, provoquant l’inquiétude de nombreuses organisations de la société civile, des peuples autochtones, des communautés locales, des pasteurs, des petits exploitants agricoles, des femmes et des jeunes présents à la COP17.
Un blocage qui pose le débat de la place de la société civile aux discussions
Derrière ce bras de fer diplomatique se trouve une question beaucoup plus profonde : quelle place la communauté internationale veut-elle accorder à la société civile et aux populations directement confrontées à la dégradation des terres et aux sécheresses ?
Pour les organisations de la société civile, le problème est particulièrement préoccupant. Elles estiment que la COP17 ne peut se présenter comme une conférence consacrée à l’action tout en repoussant des discussions portant sur la participation des acteurs directement concernés.
La controverse intervient alors que la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse prennent une ampleur considérable. Selon les données présentées à l’occasion de la COP17, près de 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées, mettant en danger les moyens de subsistance de quelque 3,2 milliards de personnes. La dégradation et la sécheresse coûtent par ailleurs près de 900 milliards de dollars à l’économie mondiale chaque année.
Washington contre une approche intégrée ?
L’un des points de friction concerne également la volonté de rapprocher les travaux des trois grandes conventions environnementales issues du Sommet de la Terre de Rio : la Convention sur la lutte contre la désertification, la Convention sur la diversité biologique et la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Pour plusieurs délégations, cette coopération est devenue incontournable. Les problèmes sont en effet étroitement liés et indissociables car la dégradation des terres aggrave les effets du changement climatique, menace la biodiversité et accentue les difficultés d’accès à l’eau et à la nourriture.
L’UNCCD considère d’ailleurs la COP17 comme une occasion majeure de transformer cette volonté de coopération en actions concrètes. Une session consacrée aux synergies entre les trois conventions de Rio était encore inscrite au programme de la conférence le 26 août.
La France dénonce à ce sujet le risque d’un blocage généralisé
Le désaccord américain commence à susciter des réactions parmi les autres délégations. La France a notamment averti que les différends impliquant les États-Unis risquaient de « bloquer tout » le processus de négociation.Pour Paris, les sols, l’eau, l’agriculture, la biodiversité et le climat ne peuvent être traités comme des problèmes indépendants. La dégradation des terres a des conséquences directes sur la sécurité alimentaire, les ressources en eau, les économies et la stabilité des populations.
Ce débat intervient dans un contexte où les pays vulnérables attendent surtout des engagements concrets en matière de financement et de résilience face à la sécheresse.
Les pays vulnérables face à l’urgence
L’enjeu est particulièrement important pour les pays africains, dont une grande partie des populations rurales dépend directement des terres et des ressources naturelles.
Interrogé par RFI, Oumarou Malam Issa, représentant de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) au Niger, donne un exemple concret de l’impact de la désertification sur la vie des communautés. « Le pastoralisme est vraiment l’exemple typique de ces aspects culturels avec les Peuls qui vivent dans les zones sahéliennes. Le fait que cette activité puisse être compromise pour des questions environnementales reste quand même un vrai sujet, car son cheptel amène en tout cas la population à aller vers d’autres activités, voire à migrer, à se déplacer » explique-t-il.
Il ajoute que « la question de la Terre a quand même une dimension culturelle et les gens sont attachés à leur terre. C’est vrai que la dimension culturelle se pose à ce niveau-là. Ce sont des enjeux fondamentaux liés à la vie et à la survie des populations. Également à une dimension sociale, celle de l’appartenance et de la possession de la terre ».
À ce sujet, il faut rappeler que lors de la COP16 de Riyad, un partenariat mondial sur la résilience à la sécheresse avait permis d’annoncer environ 12 milliards de dollars de financements destinés à soutenir 74 pays confrontés à la sécheresse et à la dégradation des terres. La COP17 doit désormais transformer ces engagements en projets concrets.
Nécessité de trouver un compromis
Pour les pays du Sahel, la question est existentielle. La dégradation des sols, la désertification, la variabilité des précipitations et les sécheresses successives fragilisent l’agriculture et l’élevage, accentuant les risques de pauvreté, de déplacement des populations et d’insécurité alimentaire.
Selon les experts, pour que le symbolique message de la COP17 « Restaurer les terres, restaurer l’espoir » ne soit pas un vain slogan, les 197 Parties à la Convention devront trouver non seulement un compromis surtout, mais surtout éviter que les divergences entre grandes puissances ne détournent la conférence de son objectif premier : apporter des réponses concrètes à ceux qui vivent quotidiennement avec la désertification, la sécheresse et la dégradation des terres.
Amadou Garé
Image: John Spooner depuis Flickr. Source Studio Kalangou
