Un phénomène assez rare s’est produit le 21 août dernier sur le Mont Bagzam, dans le village de Bagzam exactement, situé dans la commune de Tabelot ( région d’Agadez située au nord du pays). Il s’agit d’un amas de grêle constaté à 1650 m d’altitude. Phénomène exceptionnel ou effet direct du changement climatique ? Des questions qui s’imposent au vu de dégâts occasionnés sur les cultures.
Le Dr Haboubacar Maman Manzo, Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillabéri explique que « Au moment où la COP17 de la CNULCD sur désertification bat son plein à Oulan-bator en Mongolie, le Niger subit en silence les conséquences des grands défis globaux, sans broncher, sans réaction ».

L’enseignant fustige le fait que « on ne sait pas mettre a profit notre capital d’expériences et les résultats engrangés ».
Il souligne que « Pour le cas de cette situation du plateau de Bagzam amas, les dégâts sont immenses sur les cultures en développement et sur les animaux domestiques et sauvages ».
Sur les conséquences de ce phenomène, Dr Haboubacar Maman Manzo indique que à1650 m d’altitude, le micro-climat du plateau a provoqué la chute de grêlons de taille importante qui ont impacté sur les Oignons en semis qui sont de nature très fragile à ce stade ; le Maïs en montaison qui risque d’avoir des feuilles trouées et et des tiges cassées ; et enfin la Pomme de terre qui était en phase 22de développement, et dont les tubercules et biomasse sont ainsi exposés.
Ainsi, les 580 jardins de Bagzam qui nourrissent la population et approvisionnent Agadez, Niamey et la sous-région peuvent subir des pertes irréparables. Une situation assez dramatique quand on sait que les producteurs de Bagzam sont réputés pour la qualité de leurs oignons, pommes de terre et agrumes. « Ces producteurs font face une fois de plus aux aléas du climat de montagne en plein cœur du désert » explique Dr Haboubacar Maman Manzo.

Il ajoute que « avec la manifestation de ces phénomènes climatiques, le cycle habituel de cultures se métamorphose et avec, tout le système agro-écologique et socio économique ».
D’où son appel aux autorités pour faire le point. « Nous demandons aux autorités de faire le point, d’évaluer pour rassurer l’ensemble de notre monde rural, afin de préserver ce patrimoine immatériel base fondamentale et terreau de nombreux systèmes alimentaires inclusifs et durables dont l’oignon, la pomme de terre, l’ail, le ble, la tomate, les agrumes et d’autres produits agricoles et pastoraux dans notre pays, le Niger et dans toute la région ».

Le mont Bagzam présente un climat montagnard tropical désertique original. Les températures sont plus basses que dans la plaine environnante en raison de l’altitude. En septembre par exemple, elles varient de 16 à 33 °C alors qu’à Agadez elles atteignent de 23 à 40 °C. La température moyenne annuelle varie entre 15 et 30 °C avec une valeur moyenne de 9 °C en hiver et des valeurs minimales pouvant descendre en dessous de 0 °C.
Le climat est aride avec des pluviométries annuelles dans la plaine très irrégulières variant de 10 à 150 mm/an avec une moyenne de l’ordre de 70 mm par an. Les précipitations sur le mont Bagzam sont plus importantes avec une pluviométrie moyenne de l’ordre de 190 mm par an, mais qui peut atteindre 400 mm. Une courte saison des pluies a lieu en juillet et en août. L’infiltration des eaux de pluie est réduite et leur ruissellement alimente des koris (oueds), quelques sources et des bassins temporaires et permanents (les aguelmans), ce qui permet l’existence d’une végétation permanente dans les vallées.

C’est donc tout ce patrimoine végétal qui est aujourd’hui menacé par le phénomène de la grêle.
Amadou Garé
