AccueilA la UneENVIRONNEMENT AU NIGER: La perte de l'élément biologique s'accélère à Niamey

ENVIRONNEMENT AU NIGER: La perte de l’élément biologique s’accélère à Niamey

Alors que le Niger a célébré le 3 août dernier la Fête de l’Arbre, force est aujourd’hui de constater que l’élément biologique et symbolique se perd petit à petit à Niamey. La ville jadis verdoyante, perd aujourd’hui de la verdure qui faisait son éclat il y a plusieurs dizaines d’années. Le Caïlcedrat, de son nom scientifique Khaya senegalensis, symbole emblématique du paysage urbain, celui de la Capitale Niamey surtout, est en déperdition selon le constat fait par Dr Haboubacar Maman Manzo, Enseignant Chercheur à l’Université Boubakar Ba de Tillabéri.

Selon l’enseignant chercheur, « Arbre de vertu à multiples usages, le Caïlcedrat a marqué depuis les missions coloniales le passage et la transformation de nos milieux ruraux en centres urbains. De Bamako à Bobo Dioulasso, de Dakar à Niamey, de N’djamena à Bangui jusqu’à Douala et de Zinguinshor à Segou, Gao jusqu’à Zinder, Khaya senegalensis a servi d’arbres de repère topocentrique et de transformation urbaine ».

Dr Haboubacar Maman Manzo explique au sujet de cet arbre emblématique que « sa diffusion qui a commencé à partir de 1906 avec les missions coloniales et les campements militaires installés dans la partie sud de notre pays, le long des cours d’eau et dans les forêts galeries, le Cailcedrat fut disséminé et planté comme arbre d’ombrage ou d’alignement en milieu rural et urbain ».

Il rappelle que cet arbre fut choisi comme élément symbolique du paysage urbain de la Ville et planté le long des axes du centre administratif de la Capitale comme plante d’alignement et d’ornement.

« Le reliquat de ce qui reste du peuplement d’acajou de l’Afrique, comme on le nomme, dans la Ville de Niamey se localise dans le centre administratif de notre Capitale; de la place de la concertation jusqu’au rond point Saidou Sidibé, ancien rond point Justice, allant à la Gendarmerie en passant par la direction de la Poste, le siège de la Nigelec jusqu’au environ du château » a-t-il constaté.

Il a rappelé que « l’autre axe d’alignement du Caïlcedrat est celui qui va du même rond point Saidou Sidibé allant au Boulevard Mohamed 5 en face de Issa Bery, passant par la clinique Alissa, l’OCBN, l’EAMAC, le FSA et l’Ex ONERSOL. Ces 2 axes disposent, encore, des plus vieux individus de Caïlcedrat debout, vivants et resplendissants, de tout le parc arboré de la Ville de Niamey ».

D’où ce cri d’alarme de l’enseignant-chercheur pour le sauvetage de ce patrimoine vert. « C’est de ce patrimoine immatériel centenaire, le cailcedrat, qui mérite d’être attentionné, préservé et sauvegardé, que nous nous intéressons, et ce en marge de toutes les manifestations relatives a la fête nationale de l’arbre, activement et laborieusement célébrée le 03 août 2026, sur l’ensemble du territoire national » a-t-il indiqué.

« En effet, a-t-il dit, c’est le 31 juillet 2026, suite a un vent habituel de cette saison des pluies, que s’écroula un majestueux Caïlcedrat situé devant le portail de la Direction Generale des Impots, faisant face au Tribunal de Justice de Niamey. Un emblématique et symbolique arbre de plus de 70 ans est perdu sans aucune attention. Il est parti en laissant un vide et des crevasses, qui rendent dubitatif tout passant qui découvre les murs dénudés du bâtiment des impôts ».

Haboubacar Maman Manzo constaté avec amertume que « pendant que se conduisent des nouvelles plantations d’arbres, par millions d’espèces et d’hectares, celles qui sont presque centenaires, qui agrémentent notre paysage, qui fournissent à nous et aux animaux de l’oxygène, des aliments, des médicaments, de l’ombrage, de l’habitat, du bois, de souvenirs et, qui purifient et dépolluent l’environnement, sont laissés dépérir dans l’indifférence ».

D’où son cri d’alarme en ces termes: « Nous perdons notre patrimoine arboré et arbustif. Nous perdons nos Caïlcedrats en silence, classé déjà sur la liste rouge des especes en disparition par l’UICN. Nous sommes tous interpellés autorités, chercheurs, techniciens et citoyens. Préservons et maintenons la pérennité des ressources floristiques existantes avant d’innover et promouvoir des nouvelles plantations qu’on ne saurait entretenir durablement. Car la Capitale Niamey est une Ville à Caïlcedrats centenaires! »

Une alerte sauvetage de l’enseignant-chercheur Dr Haboubacar Maman Manzo qui ne doit pas tomber dans les oreilles de sourds afin de préserver la beauté du paysage urbain de la capitale. Les autorités en charge de la protection de l’environnement sont interpellées afin de mettre en place une stratégie visant à d’une part protéger l’espace vert de la capitale, mais également procéder à de nouvelles plantations au niveau des espaces qui ont perdu leur tissus vegetal à cause des intempéries.

Amadou Garé

RELATED ARTICLES

Les + Populaires

Recent Comments