Le Président du CNSP Abdramane Tiani a accordé hier une audience au Bureau de la Commission de Lutte contre la Délinquance Économique, Financière et Fiscale COLDEFF. L’objectif de la commission est de faire le point de ses activités depuis sa création au lendemain du coup d’Etat du 26 juillet 2023. Un recouvrement qui semble soustraire les délinquants financiers de poursuites judiciaires en raison d’une disposition de l’ordonnance portant création de la commission.
Ainsi, selon le rapport présenté au Président du CNSP, à la date du 16 août 2025, le montant global recouvré s’élevait à 63 milliards 808 497 269 F CFA en espèces. À cela s’ajoute plus de 5 milliards F CFA en biens immobiliers.
À la date du 05 août 2026, le montant total recouvré dépasse désormais 74 milliards F CFA. Soit 12 milliards F CFA recouvrés en une année.
Le Chef de la junte au pouvoir au Niger a prononcé ces mots à l’endroit des membres du COLDEFF : « L’objectif de la COLDEFF n’est pas d’envoyer les gens en prison. La sanction de la COLDEFF est la sanction pécuniaire».
Ces propos risquent de refroidir les ardeurs de nombreux soutiens du régime, qui avaient enfourché le cheval de la refondation, avec l’espoir que les prédateurs des finances publiques indexés par le passé, pourront enfin rendre gorge. Les prédateurs des finances publiques présumés dont les noms sont ressortis dans plusieurs enquêtes sur des affaires scabreuses sous les 10 ans de pouvoir du Président Issoufou Mahamadou ont-ils ainsi réçu un signal rassurant de la part du président Tiani ? Beaucoup d’observateurs le pense.
Le dernier espoir des partisans des châtiments exemplaires dans la prédation des deniers publics, repose sur la justice. En principe, les dossiers du COLDEFF peuvent être transmis à la justice pour traitement. Mais cela reste hélas juste une possibilité.
En effet, l’ordonnance portant création de la COLDEFF prévoit que lorsque les investigations révèlent des faits susceptibles de constituer une infraction pénale, la COLDEFF transmet son rapport au procureur de la République compétent pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Cependant, la même ordonnance prévoit que la COLDEFF peut conclure une transaction avec la personne mise en cause. Dans ce cas, l’action publique est éteinte, ce qui signifie qu’il n’y a plus de poursuites pénales sur ces faits. Il semble que c’est cette option qui est privilégiée par bon nombre de délinquants financiers indexés par la commission. Il n’est pas sur que cela soit du goût des partisans de la refondation qui ont l’impression d’une culture de l’impunité dans le pays à travers une partie de l’ordonnance portant création du COLDEFF. Une situation qui n’ est certainement pas de la faute de la commission qui travaille sur la base des textes portant sa création et qui sont signés par le premier responsable actuel du pays.
Abdou A.
