De l’environnement au corps humain, les microplastiques franchissent désormais des barrières que les scientifiques pensaient autrefois difficiles à franchir. Des particules ont été détectées dans le sang, le placenta, les poumons et d’autres tissus humains. Une découverte qui relance les interrogations sur les conséquences sanitaires de l’omniprésence du plastique dans notre quotidien.
Le plastique n’est plus seulement un problème visible dans les rues, les cours d’eau ou les océans. Une partie de ce matériau, lorsqu’elle se dégrade, se transforme en particules microscopiques susceptibles d’entrer dans l’organisme humain. Ces particules, appelées microplastiques, mesurent généralement moins de cinq millimètres. Les nanoplastiques, encore plus petits, peuvent être difficiles à détecter avec les méthodes classiques.
Une étude historique et choc
L’une des études qui a particulièrement marqué la communauté scientifique est celle dirigée par le chercheur italien Antonio Ragusa, et qui a été publiée en 2021 dans la revue Environment International. Cette étude historique a révélé la présence de microplastiques dans des placentas humains. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs avaient analysé six placentas et identifié douze fragments ou particules de plastique dans quatre d’entre eux. Les auteurs estimaient que ces particules avaient probablement été ingérées ou inhalées par les mères avant de parvenir jusqu’au placenta.
Dans une interview accordée après la publication de l’étude, Antonio Ragusa avait souligné que cette découverte devait être considérée comme un « signal d’alarme », tout en appelant à poursuivre les recherches. Selon lui, la présence de ces particules dans le placenta était préoccupante parce que cet organe assure les échanges essentiels entre la mère et le fœtus. Le chercheur rappelait toutefois que son équipe ne pouvait pas encore établir les conséquences précises de cette exposition sur le développement de l’enfant. Cette découverte a suscité une forte attention et soulevé des inquiétudes car le placenta joue un rôle essentiel dans les échanges entre la mère et le fœtus.
Du placenta au sang
L’étude de Ragusa n’est cependant qu’une étape dans une série de travaux consacrés à la présence du plastique dans l’organisme humain. Ainsi, en 2022, une équipe de chercheurs néerlandais a annoncé avoir détecté pour la première fois des particules de plastique dans le sang humain. L’étude, réalisée sur 22 donneurs, avait retrouvé des particules de plastique chez 17 d’entre eux. Les chercheurs avaient notamment identifié du plastique utilisé dans les bouteilles et emballages alimentaires, ainsi que du polystyrène et du polyméthacrylate de méthyle.
Selon le spécialiste en soins infirmiers, pédagogue des Sciences de la Santé et intervenant sur le développement durable, Dr Boubacar Thiombiano qui s’est exprimé à ce sujet dans les colonnes du journal nigérien Le Sahel, l’incinération du plastique produit une substance liquide ou gazeuse toxique, sous forme de vapeur ou de fumée en suspension dans l’air. Elle a des conséquences énormes sur la santé de la communauté, de la famille et de l’individu. Il a ajouté que l’inhalation de ces substances causent plusieurs infections respiratoires aiguës sous forme d’allergies, de toux, de bronchite, de rhinite, de sinusite et de rhinopharyngite qui, plus tard, se compliquent en pathologies chroniques avec comme corollaire le cancer », a-t-il expliqué.
Le toxicologue néerlandais Dick Vethaak, l’un des auteurs de cette étude, a expliqué a expliqué cependant lors d’entretiens que les résultats des études menées par les chercheurs montraient que les particules pouvaient circuler dans l’organisme, mais qu’ils ne permettaient pas encore de déterminer leur impact sur la santé. Il a notamment insisté sur la nécessité de mieux comprendre leur devenir : sont-elles éliminées, s’accumulent-elles dans certains organes ou peuvent-elles franchir d’autres barrières biologiques ?
Ces résultats ne signifient pas pour autant que les microplastiques provoquent nécessairement une maladie chez l’être humain. C’est précisément l’une des grandes questions auxquelles la recherche scientifique tente encore de répondre aujourd’hui.
Comment le plastique entre-t-il dans notre organisme ?
Selon les chercheurs, l’exposition au plastique est difficile à éviter. Les microplastiques peuvent être présents dans l’air, l’eau et les aliments. Ils peuvent être produits par la dégradation progressive des sacs, bouteilles, emballages et autres objets en plastique ( tétines de biberons, bouteilles d’eau et de jus par exemple). Ils peuvent également provenir de l’usure des pneus, des textiles synthétiques ou de différentes activités industrielles. L’être humain peut donc être exposé par inhalation, par ingestion et probablement par d’autres voies encore étudiées.
Une partie des particules ingérées peut être éliminée naturellement. Mais certaines particules suffisamment petites peuvent franchir certaines barrières biologiques, ce qui explique l’intérêt croissant des chercheurs pour leur présence dans différents organes et tissus.
Pour l’écotoxicologue britannique Richard Thompson, qui a contribué à populariser le terme « microplastiques », le problème ne se limite pas aux déchets visibles. Il a rappelé dans plusieurs interviews, que ces particules sont produites tout au long du cycle de vie des objets en plastique, notamment lors de leur fabrication, de leur utilisation et de leur dégradation. Il estime que la réduction à la source reste l’une des mesures les plus efficaces, même si les effets sanitaires doivent encore être étudiés avec rigueur.
Une question particulièrement importante pour les pays africains
Dans de nombreux pays africains, la question prend une dimension particulière en raison de la croissance de l’utilisation des emballages plastiques et des difficultés de collecte et de traitement des déchets.
Au Niger par exemple, les sachets plastiques constituent notamment un problème environnemental visible dans les villes. Malgré les mesures prises par les pouvoirs publics contre certains types de sachets plastiques, ces produits continuent de circuler dans le commerce. Une partie des déchets plastiques finit dans les rues, les caniveaux, les terrains vagues ou les espaces naturels. Sous l’effet du soleil, de la chaleur, du vent et des frottements, les déchets peuvent progressivement se fragmenter.
La chercheuse nigériane Amina Mohammed, spécialiste des déchets et de la pollution urbaine, a expliqué lors d’une interview consacrée aux villes africaines que les difficultés de collecte favorisent la dispersion des plastiques dans l’environnement. Elle a également souligné que les populations les plus exposées sont souvent celles qui vivent à proximité des décharges, des zones de brûlage ou des cours d’eau contaminés.
La question que l’on est en droit de se poser aujourd’hui alors est double : que deviennent ces plastiques dans l’environnement et quelle part finit-elle par revenir jusqu’à l’être humain ?
Prudence sur les risques sanitaires
Les scientifiques insistent toutefois sur la nécessité de ne pas tirer de conclusions prématurées. La détection de microplastiques dans le corps humain constitue un constat scientifique. Elle ne signifie pas automatiquement que ces particules sont responsables d’une maladie particulière. Dans des entretiens consacrés à la toxicité des plastiques, la chercheuse américaine Sherri Mason a rappelé que le risque dépend probablement de plusieurs facteurs : la taille des particules, leur composition chimique, leur concentration et la durée d’exposition. Elle estime que les recherches doivent également tenir compte des additifs et des polluants susceptibles de se fixer à la surface des microplastiques.
Les chercheurs étudient également leur capacité à provoquer une inflammation, un stress oxydatif ou à transporter certaines substances chimiques. Mais les effets à long terme sur la santé humaine restent encore insuffisamment documentés. Cette incertitude constitue d’ailleurs l’un des principaux défis de la recherche : déterminer non seulement où se trouvent les microplastiques, mais également à quelles concentrations, pendant combien de temps ils restent dans l’organisme et quelles conséquences ils peuvent éventuellement avoir.
Un problème qui dépasse la question des déchets
La découverte de microplastiques dans le corps humain change progressivement la manière dont est perçue la pollution plastique. Le problème ne concerne plus uniquement la protection des océans, des sols ou des animaux. Il pose également une question de santé publique et d’exposition humaine.
Pour les pays qui cherchent à réduire l’utilisation des sachets et emballages plastiques, l’enjeu dépasse donc la propreté des villes. Il concerne également la réduction de la quantité de plastique qui entre dans l’environnement et, potentiellement, dans la chaîne alimentaire.
La recherche scientifique devra désormais déterminer avec davantage de précision quelle quantité de plastique pénètre dans notre organisme, où elle s’accumule et quels effets elle peut avoir sur notre santé.
Amadou Garé
Image: Amadou Garé (tous droits reservés)

