Le siège de la Commission Climat pour la Région du Sahel, CCRS, a abrité ce jour le lancement officiel de ses outils stratégiques pour l’adaptation climatique. Une activité en présentiel et en virtuel qui a réuni les acteurs clés du domaine, et présidée par le Secrétaire Exécutif de la CCRS, Mr Issifi Boureima.
Le satisfecit des partenaires du CCRS

Dans son allocution prononcée à l’ouverture de la cérémonie, le Secrétaire Exécutif du CNEDD, Colonel Yacouba Magagi a souligné que « ces outils sont précieux pour promouvoir et diffuser les bonnes pratiques d’adaptation au Sahel », avant de rappeler « l’expérience acquise par le CNEDD à travers le Cadre National des Actions d’Adaptation au Changement Climatique, qui pourra être renforcé grâce à la nouvelle plateforme développée par la CCRS ».
La Directrice du Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest de la CEA, Mme Ngone Diop, a quand à elle salué l’initiative de la CCRS, qu’elle considère comme « une institution clé avec laquelle tous les acteurs doivent collaborer pour relever le défi climatique au Sahel ». Elle a réitéré la disponibilité de son institution à renforcer son cadre de coopération avec la CCRS sur des agendas majeurs à savoir le marché régional du carbone et l’Initiative 4X5.
Le représentant du projet PACO, Monsieur Jan Philipp Butz s’est quant à lui réjoui de l’excellente collaboration entre la CCRS et la coordination de PACO dans le cadre du renforcement de l’adaptation des communautés.

Pour sa part, le Directeur des Opérations du PAM au Niger Monsieur Teodore Kaboré, a lui salué le développement de ces outils auxquels le PAM accorde un grand intérêt, avant de saluer le travail accompli par le CCRS à travers la réalisation d’actions concrètes à fort impact en seulement deux ans. Théodore Kaboré a insisté sur le leadership exemplaire du Secrétaire Exécutif de la CCRS, grâce auquel la coopération avec le PAM est particulièrement dynamique.
L’appel à la mobilisation du secrétaire Exécutif du CCRS
Dans son discours d’ouverture, le Secrétaire Exécutif du CCRS, Mr Issifi Boureima a de prime abord expliqué que « c’est 100 millions de Sahéliennes et de Sahéliens qui vivent aujourd’hui sous la menace directe du dérèglement climatique. 100 millions de vies dont le quotidien s’appelle : Soif ; Faim ;Exode ; Conflits . Voilà le quotidien que les extrêmes climatiques imposent à notre région ».
Des extrêmes qui selon le Secrétaire exécutif, s’amplifient, s’accentuent, brisent des vies, et menacent les fondements mêmes des sociétés.
Il a mis en exergue les milliards investis dans le domaine, dont une partie relève du régime de la dette. « Une dette que nos États contractent pour réparer un climat qu’ils n’ont pas déréglé. Nous subissons l’histoire des autres. Et on nous demande de payer la facture. Transformer la victime en débiteur : voilà l’injustice climatique » s’est-il indigné.
Pour faire face à ce paradoxe, le secrétaire exécutif du CCRS a dit qu’il est du devoir des parties prenantes de faire en sorte que « chaque franc investi soit efficace. Car une dette mal investie, c’est une double peine pour nos générations futures : elles héritent du dérèglement, et de l’ardoise ».
Il a estimé que « les générations futures ne doivent pas payer deux fois : pour un climat déréglé, et pour des dettes contractées pour le réparer. C’est pour briser cette double peine que la Commission Climat pour la Région du Sahel a créé deux instruments. Pas demain. Maintenant ».
Les nouveaux instruments
Il a expliqué que le premier instrument est une plateforme des bonnes pratiques d’adaptation. « C’est une banque vivante du savoir sahélien. Nous avons identifié, analysé et validé une cinquantaine de solutions qui marchent. Du Cap-Vert au Sahel central, jusqu’à Djibouti à la Corne de l’Afrique. L’objectif est simple. Que ce qui réussit à Dakar inspire Niamey. Que ce qui sauve à N’Djamena soit répliqué à Djibouti. Vite ».
« Et, dit-il, pour passer à l’échelle nationale, nous partons des réalités de chaque pays ». Il a pris l’exemple du Niger avec « la régénération naturelle assistée qui reverdit les terroirs de Maradi, ainsi que les demi-lunes de Tondikiwindi, à Ouallam, qui restaurent les plateaux, sans oublier les cordons pierreux d’Ibouhamane, à Keita dans Tahoua, qui stoppent l’érosion, les systèmes communautaires d’alertes précoces promus à Zinder qui anticipent la soudure, et les conventions locales de Bankilaré qui apaisent les conflits ».
Selon Issifi Boureima, « ces solutions nigériennes, documentées et validées, doivent être promues. Pour que le savoir national devienne un bien régional. Et que le régional revienne renforcer le national ».
Le second instrument est un outil de mesure et d’évaluation de la perception. Le secrétaire exécutif explique à ce sujet que « une intervention n’est efficace que si elle est comprise et acceptée. Cet instrument donne la parole aux communautés. À celles et ceux qui se voient trop souvent relégués au rôle de simples spectateurs, alors que le rôle d’acteurs leur est naturellement dévolu ».
Selon le Secrétaire Exécutif du CCRS, cet outil est d’autant plus important qu’il permettra à ceux qui mettent en œuvre des initiatives, d’évaluer les mesures qui doivent être améliorées, et celles qui doivent être changées. « L’écoute devient une donnée stratégique. L’écoute doit nous aider à faire le tri : entre les interventions alignées sur les priorités de nos communautés que portent nos États, et celles qui servent d’autres agendas » a-t-il indiqué.
L’appel à la synergie d’actions
Issifi Boureima a lancé un appel à une synergie d’action car dit-il, « aucun État, aucun partenaire, aucune communauté ne gagnera seul contre le climat. Mais ensemble, nous sommes le Sahel. Et le Sahel sait tenir. Nous avons besoin de vous. Pour que ces outils deviennent les vôtres. Pour que la parole des communautés guide l’action. Pour que chaque franc investi sauve et transforme ».
Selon l’Alliance Sahel, « La lutte contre le changement climatique au Sahel combine adaptation agricole (zaï, agroforesterie, fumure organique) et restauration des terres (Grande Muraille Verte) pour renforcer la résilience face à la sécheresse et à la désertification. Ces efforts visent à sécuriser l’alimentation et réduire les conflits liés aux ressources, via des projets locaux et panafricains ».
Amadou Garé
Photos: CCRS
