Le Gouverneur de la région de Maradi ( centre du Niger), le Contrôleur Général de Police Issoufou Mamane, a présidé le 11 octobre 2026 dernier, à l’Université Dan Dicko Dan Koulodo de Maradi, la célébration de la Journée internationale de la jeune fille. L’édition 2026 a été placée sous le thème « Mettre fin au mariage des enfants et investir dans les droits des filles». Selon Plan International, toutes les 3 secondes, une fille est mariée avant ses 18 ans dans le monde. Quelle est la situation des mariages des enfants au Niger ?
Selon les données de l’UNICEF et de Girls Not Brides Atlas, le Niger possède l’un des taux de mariage des enfants les plus élevés au monde, avec 76 % des filles mariées ou en union avant l’âge de 18 ans et 28 % avant l’âge de 15 ans.
Une étude de l’UNICEF sur le sujet explique que « le Niger a le taux de mariage d’enfants de moins de 18 ans le plus élevé et l’un des taux de mariage d’enfants de moins de 15 ans les plus élevés au monde. Selon les données publiées par les Enquêtes Démographiques et de santé (EDS), le taux de mariage d’enfants de moins de 18 ans n’a pas changé entre 1992 et 2012, demeurant à 76 %. De même, le taux de fécondité n’a guère diminué, passant de 7,8 en 1992 à 7,4 en 2012.
L’ENAFEME 2021 (Enquête Nationale sur la Fécondité et la Mortalité des Enfants de moins de cinq ans réalisée au Niger par l’Institut National de la Statistique (INS) montre une baisse du taux de fécondité global de 7,4 en 2012 à 6,6 en 2022, ainsi que des taux de mariage d’enfants de moins de 18 ans (de 76 % à 65 %) et de moins de 15 ans (de 28 % à 15 %).
La baisse signalée est particulièrement marquée pour les mariages d’adolescentes de moins de 15 ans. Ces baisses sont indiquées en pointillés, car les données de l’ENAFEME n’ont pas été acceptées au niveau mondial.
Selon Johnson Bien-Aime, directeur de Plan International au Niger, « Le mariage d’enfant est une violation fondamentale des droits des filles ». Il explique que ce phénomène « prive les filles d’éducation, de protection, d’un emploi et d’être en bonne santé sexuelle».
Johnson bien-aimé souligne que « Au Niger, 3 filles sur 4 sont mariées avant leur 18 ans. Cependant, dans certaines régions où nous travaillons, le taux est encore plus élevé. A Diffa, par exemple, 89 % des filles sont mariées avant 18 ans. »
Il a expliqué que « Les causes de ce fléau sont enracinées dans des croyances culturelles et sociales profondes, qui sont renforcées par les conditions juridiques, éducatives et économiques du Niger, et ce n’est qu’en travaillant avec les communautés – hommes, femmes et filles – que nous pourrons faire cesser cette pratique. »
Pour Johnson Bien-Aime, il est urgent d’intensifier ces activités dans un contexte d’urgence, où les filles sont les plus vulnérables. « En temps de crise, le mariage des enfants augmente parce que les filles sont considérées comme des actifs financiers – une opportunité de revendiquer la dot pour survivre pendant une crise alimentaire par exemple. Pendant les conflits, les adolescentes sont susceptibles de subir des violences sexuelles et peuvent également se faire enlever par des groupes armés, où elles seront forcées de devenir des « épouses » et des combattantes » a-t-il mis en garde.
Selon Maman Kaka Touda, acteur de la société civile et membre de l’association Alternative Espace Citoyens ( AEC) du Niger, « c’est un phénomène auquel beaucoup de jeunes filles sont confrontées. Souvent, ce sont même des jeunes filles qui sont inscrites à l’école, qui abandonnent les écoles à partir déjà du collège pour se marier. Parce qu’il y a toujours certaines considérations qui font en sorte que l’éducation de la jeune fille est toujours compromise du fait du mariage. Si seulement, le mariage permettait aussi aux jeunes filles de continuer leurs études, ça allait être intéressant ».
Maman Kaka Touda d’ajouter : « De ce point de vue, je vais vous faire savoir un rapport, par exemple, quand vous prenez le rapport 2022 de la Banque mondiale qui a été publié en janvier 2023, ce rapport met l’accent, effectivement, sur le cas de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Imaginez que 8 enfants sur 10 ne savent ni lire, ni comprendre même un texte simple jusqu’à l’âge de 10 ans. Dans cet espace, c’est plus de 32 millions d’enfants qui restent privés de l’école. Voyez-vous, à cela vient s’ajouter des cas de mariage des jeunes filles, alors même qu’une bonne éducation donnée à une jeune fille est un vecteur de paix, un vecteur de cohésion sociale, et un vecteur de tranquillité dans nos espaces qui sont en proie à des crises ».
Il estime que « ensemble, les organisations de la société civile, les organisations de défense des droits humains, nous avons du travail à faire. Continuer à mettre l’accent sur les sensibilisations, sur les formations, pour qu’au moins on puisse laisser les enfants, surtout les jeunes filles, aller à l’école jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est ce que même nos documents disent en matière d’éducation et autres ».
En effet, comme l’a souligné Maman Kaka Touda, le Decret N°2017-935/PRN/MEPAPLN/EC/MES du 05 Decembre 2017 portant sur « La Protection, le soutien, et l’accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité » de tipule en son article 7 que « l’Etat s’engage à créer les conditions susceptibles de favoriser la réussite scolaire de tous les enfants à travers la mise en place de dispositifs de remédiation en faveur des jeunes filles en décrochage scolaire ou en situation d’échec; la dotation en kits spéciaux et la remise de prix d’encouragements en faveur des filles méritantes ». Au niveau de l’Article 8, il est stipulé à l’alinéa 1 que « l’Etat et les collectivités publiques veillent à l’accès et à la promotion d’un enseignement public, obligatoire et de qualité au profit de tous les enfants… »
La responsabilité du gouvernement nigérien est donc pleine et entière afin de permettre aux jeunes filles de poursuivre une scolarité normale sans une pression parentale pour le mariage.
Amadou Garé
Image: UNICEF
